Jean-Pierre Hermans

" Depuis toujours, les lieux occupent une place particulière dans ma vie."
UN PARCOURS ENTRE ACTION, ÉCOUTE ET ÉCRITURE
Je suis entrepreneur.
C’est probablement la première chose que je dois dire de moi.
J’ai consacré une grande partie de ma vie professionnelle à l’immobilier : concevoir, construire, transformer des lieux, entreprendre et prendre des risques.
L’entreprise est aussi une formidable école humaine. Elle confronte à la responsabilité, aux décisions, aux réussites et aux échecs, aux rapports de force et parfois à la solitude de celui qui doit décider.
Je connais ce monde parce que j’y ai vécu.
C’est sans doute pour cela que je me sens naturellement à l’aise avec celles et ceux qui exercent des responsabilités — entrepreneurs, dirigeants, cadres, professions libérales, décideurs — et qui éprouvent parfois le besoin de déposer, pendant quelques jours, la fonction qu’ils portent continuellement.
Mais la Maison du Passage ne leur est évidemment pas réservée. Derrière une fonction, un métier ou une responsabilité, c’est toujours une personne que je rencontre.
UNE AUTRE DIMENSION DU MÊME PARCOURS
Parallèlement à ma vie d’entrepreneur, une autre histoire s’est développée.
Depuis près de quarante ans, des femmes et des hommes viennent me parler. Au fil de ces rencontres, j’ai appris à écouter autrement : non seulement ce qui est dit, mais aussi les silences, les contradictions, les ruptures dans un récit, ces quelques mots parfois prononcés presque incidemment et qui peuvent pourtant contenir une part essentielle de l’histoire.
Il arrive ainsi qu’au cours d’un échange apparaisse un élément que la personne avait elle-même exprimé sans en mesurer toute la portée. Une question suffit alors parfois à déplacer le regard et à faire apparaître une cohérence jusque-là invisible.
C’est probablement là que se situe aujourd’hui l’essentiel de mon accompagnement : aider une personne à regarder ce qu’elle porte déjà en elle, y compris ce qu’elle avait laissé dans l’ombre, mais aussi les ressources, la force ou la part d’elle-même qu’elle ne parvenait plus à reconnaître.
Mon parcours m’a également confronté très tôt à des expériences intuitives et médiumniques. Avec les années, cette dimension a affiné ma manière de percevoir et de questionner. Elle peut parfois participer à ce qui surgit dans une rencontre, mais je ne demande à personne d’y adhérer ni même d’y croire.
Elle fait partie de mon histoire et de ma sensibilité. Elle n’est ni une doctrine, ni une méthode, ni une vérité que j’impose à l’autre.
Je ne cherche pas à enfermer une personne dans une interprétation, encore moins à lui dire qui elle est ou ce qu’elle doit devenir.
Lorsqu’une perception ou une intuition apparaît, je prends le temps d’en interroger le sens, de la rapprocher d’autres éléments de notre échange et d’en rechercher la cohérence. Je peux alors proposer une lecture, toujours ouverte à la discussion, que la personne reste entièrement libre de reconnaître, de questionner ou de laisser de côté.
Il ne s’agit pas de lui apporter une réponse toute faite, mais parfois de lui permettre d’entrevoir une issue là où elle ne distinguait plus de chemin.
Car il arrive que nous nous éloignions de nous-mêmes sans même nous en apercevoir. Sous les habitudes, les responsabilités, les peurs ou les épreuves, quelque chose de notre propre direction peut devenir moins audible. Non parce qu’elle a disparu, mais parce que nous ne savons plus très bien l’entendre.
Une rencontre peut alors permettre de faire apparaître ce qui était resté dans l’ombre, mais aussi de reconnaître une force, une possibilité, une part plus profonde de soi que l’on avait cessé de voir.
Je ne suis pas là pour montrer un chemin. Peut-être simplement pour aider chacun à retrouver le sien.
Puis sont venus les livres
L’écriture est arrivée comme le prolongement naturel de ce parcours.
Mes livres abordent, sous des angles différents, la conscience, la présence, l’amour, la transformation, la naissance, la chute, nos conditionnements et notre manière d’habiter notre propre existence.
Je ne les ai jamais conçus comme des enseignements auxquels il faudrait adhérer.
Ils sont des chemins de réflexion.
Certaines pages sont nées de mes expériences.
D’autres de rencontres.
D’autres encore de questions auxquelles je n’ai pas nécessairement de réponse.
Écrire m’a appris quelque chose d’essentiel : une question peut parfois être plus féconde qu’une certitude.
Aujourd’hui, la Maison du Passage
Aujourd’hui, ces différentes parties de ma vie se rejoignent ici.
L’entrepreneur.
L’homme qui écoute.
L’auteur.
Et simplement l’homme avec son expérience, ses erreurs, ses questions et ce que la vie lui a appris.
Je n’ai pas quitté le monde pour réfléchir à l’existence.
J’ai essayé de réfléchir à l’existence en vivant dans le monde.
C’est probablement ce que je peux apporter à celui ou celle qui vient passer quelques jours à la maison du Passage à Meillon.
Je ne propose ni doctrine, ni méthode à laquelle il faudrait adhérer, ni réponse toute faite.
Mon rôle est d’accueillir, d’écouter, de questionner et, lorsque cela peut être utile, de proposer un autre regard.
La personne qui franchit le portail n’entre pas dans une école.
Elle n’est pas là pour devenir mon élève.
Elle vient avec son histoire, ses questions, parfois ses certitudes, parfois ses doutes.
Je l’accompagne pendant un moment du chemin.
Je peux montrer un passage.
Je peux poser une question.
Je peux partager ce que l’expérience m’a appris.
Mais je ne choisis jamais la direction à sa place.
Chacun demeure souverain de son chemin.
Peut-être est-ce finalement cela, mon rôle : être un passeur.
Non pas celui qui connaît la destination de l’autre, mais celui qui, pendant quelques heures ou quelques jours, l’aide à retrouver suffisamment de silence et de clarté pour reconnaître lui-même la direction qui lui appartient.